Alain Chassagneux
(1957)
Faute d’un biographe patenté… (il devient urgent d’ailleurs qu’il se fasse rapidement connaître. Avis aux amateurs ! L’auteur est prêt à lui fournir une ample matière) … il va bien falloir qu’il s’y colle.
Sa modestie, en passe de devenir proverbiale, suffirait d’ailleurs à lui interdire de se montrer, par trop et sur un tel sujet, dithyrambique. Il s’efforcera donc d’être factuel.
Je, tu, il, est né en 1957. Ce que ne laisse guère deviner, la photo, en noir et blanc, qu’il a choisi pour le représenter. Il n’en a pas trouvé, il est vrai de plus récente.
Je, tu, il, « est né dans un petit village / qui a un nom pas du tout commun / bien sûr entouré de bocages / c’est le village de G… » (et tant pis pour la rime).
Premier de sa lignée, à quitter ledit village, il en est resté, depuis, comme deux ronds de flan.
C’est là, à l’école communale, faut dire et ce, pour le restant de ses jours, qu’il a appris à lire, à écrire et à compter. À lire (dans la stricte observance de la méthode syllabique) et à écrire (à la plume et avec les pleins et les déliés), au point de ne jamais s’en être remis tout à fait.
Il est devenu, après bien des tours et des détours, bien des lectures, bien des atermoiements, écrivain (un bien grand mot pour cet éternel apprenti) et se mêle aujourd’hui d’être éditeur.
Quant à la date de son décès, il compte en réserver, le moment venu, la primeur, à ses plus fidèles lecteurs, dans un article nécrologique qu’il avoue bien volontiers, ne pas avoir encore eu le cœur de rédiger.
Après tout, y a pas le feu !… sinon un « Feu de tout bois » paru en 2019 aux éditions Sous le Sceau du Tabellion (Tiens, tiens !)
Feu de tout bois
« Et il a bien dû finir par y arriver, devant cette porte close, y toquer, en franchir le seuil, réconforté par les gestes, les paroles des membres de la tribu qui l’accueillaient avec la chaleur et l’empressement qu’on imagine, lui livrant passage, l’entraînant vers l’âtre de la cheminée autour d’une bonne flambée tandis que la porte se refermait aussitôt sur son poursuivant qui n’avait pas encore, en ces lieux, il est vrai, acquis droit de cité. J’y reviendrai des années plus tard et la même lourde et massive porte s’ouvrira enfin. Germaine la dernière occupante de la maison, n’aura pas l’air autrement surprise. En dépit de toutes ces années passées, il en faudrait bien plus, à cette heure, pour l’étonner. Aussi me laissera-t-elle entrer comme si nous nous étions quittés la veille. Elle qui, ne m’avait guère revu, depuis plus de vingt ans, sinon de loin en loin. Et des deux, c’est moi qui parais le plus étonné de ne pas avoir à montrer patte blanche, de ne pas avoir à me faire connaître, avant d’ « otsoba d’intra » (de finir d’entrer). Comme si ce retour inopiné, après une si longue absence, allait de soi, comme si elle eût attendu cette ultime visite. Je n’avais pourtant rien prémédité et le matin, pas même prévu d’accomplir ce détour »


